Carlos Eddé aux leaders du 14 Mars
Le Amid du Bloc national Carlos Eddé a adressé aux leaders du 14 Mars une lettre ouverte dans laquelle il leur demande de faire preuve de fermeté envers le 8 Mars et de négocier avec l’opposition à partir d’une position de force. Exhortant les leaders du 14 Mars à ne pas se laisser intimider par les armes du Hezbollah, Carlos Eddé souligne que de nombreux indépendants de la société civile ont voté pour les forces du 14 Mars sur base d’un discours électoral visant à faire face aux armes du Hezbollah. Voici le texte de la lettre ouverte du Amid du BN :
« Maintenant que les électeurs ont renouvelé leur attachement aux idées de la révolution du Cèdre et le mandat populaire qu’ils avaient accordé au 14 Mars et à son leadership, et à l’heure où ce leadership s’apprête à prendre les premières décisions importantes de la nouvelle législature, il convient de regarder la réalité en face et d’éviter de se leurrer. Les électeurs qui ont voté pour vous l’ont fait plus contre la politique du 8 Mars que pour vos performances durant les dernières années. Ils s’attendent à ce que vous soyez fermes envers l’opposition et que vous négociiez avec elle à partir d’une position de force. Vous avez reçu un mandat spécifique des électeurs et non un chèque en blanc pour en disposer à volonté. »
« Il est temps de faire la distinction entre zelm et citoyens, car si certains électeurs acceptent les décisions de leurs leaders quelles qu’elles soient, un nombre croissant et majoritaire réfléchit et sanctionne. Outre vos partisans, de nombreux indépendants de la société civile ont voté pour vous sur base de votre discours électoral, pour faire face aux armes du Hezbollah et défendre la souveraineté du Liban. »
« L’esprit du soulèvement du 14 mars 2005 se résume en l’idée d’un Liban multiconfessionnel et tolérant, d’un pays indépendant de toute ingérence et présence étrangères sur son territoire, d’un régime démocratique où la volonté populaire prime et où les représentants du peuple librement élus décident de la guerre et de la paix et d’un État souverain qui impose son autorité unique sur tout le territoire. »
« Le discours de sayyed Hassan Nasrallah est inadmissible et son ton de menace est inacceptable. La politique actuelle du Hezbollah est incompatible avec le Liban libéral auquel la majorité des Libanais aspire. Il n’y a pas de contradiction entre la lutte contre Israël et la défense des droits des Palestiniens, d’une part, et le maintien du Liban à l’écart des conflits régionaux, de l’autre. Les Libanais, quelles que soient leurs appartenances confessionnelles, n’ont aucun intérêt à voir leur pays continuer à être un champ de bataille servant les intérêts de la wilayat el-faqih, alors qu’en ce moment même cette autorité est en train d’être remise en question dans les rues de Téhéran. Alors que les Iraniens font face au régime, la majorité au Liban ne doit plus se laisser intimider pas les armes du Hezbollah. »
« Michel Aoun n’existe que parce qu’une fraction de la population chrétienne sanctionne les politiciens de la majorité. Il ne détient sa popularité, même en baisse, ni de ses positions politiques, ni du succès de sa carrière, ni de la finesse de son esprit. Pour mettre fin à son influence destructrice et fratricide, il ne suffit plus seulement de dénoncer ses vrais objectifs, il faut aussi convaincre son électorat chrétien par une politique alternative viable et crédible. »
« Nous comprenons que Walid Joumblatt soit soumis à de lourdes menaces et que sa politique révisionniste en soit la conséquence. Mais il devrait savoir déjà que la politique d’apaisement face à l’oppression et à l’intransigeance ne fait que retarder l’avènement de celles-ci. La vraie sécurité réside dans la cohésion des forces souverainistes et dans la victoire de leur politique. Les positions extrêmes et revirements fréquents affaiblissent tout le monde et ne sont à l’avantage de personne. »
« Bien que le Tribunal international soit lancé et soit devenu irréversible, il n’en demeure pas moins que le gouvernement issu de cette majorité devrait rester particulièrement vigilant quant aux tentatives qui pourraient ressurgir à tout moment pour en obstruer l’action. »
« La perception que beaucoup de Libanais ont du leadership du 14 Mars est celle d’un groupe de politiciens qui se disputent pour avoir chacun une plus grande part du gâteau et ne sont capables d’unir leurs efforts que dans les moments de crise aiguë. Cette vision ne peut être changée que par la mise en place d’un projet commun pour le pays. Il ne suffit pas de lancer des slogans, il faut aussi gouverner et montrer à la population des résultats positifs, en exécutant des projets de réforme et de développement, et en assurant aux citoyens les services que l’État leur doit. Il est également indispensable de donner confiance aux indépendants et aux mouvements de la société civile qui partagent les objectifs du mouvement du 14 Mars, mais qui ont des réticences quant à la façon avec laquelle la lutte est menée par le leadership. Cette confiance ne s’obtient que par des actes compatibles avec les discours et par des résultats. Aucun leader de la majorité ne peut faire de ses objectifs personnels ou partisans ceux du 14 Mars ! »
« Il existe en ce moment parmi les électeurs souverainistes une crainte qu’un nouvel accord quadripartite postélectoral ne soit en gestation. Alors que le dialogue est nécessaire dans une société démocratique, les objectifs d’un Liban souverain ne sont pas négociables. Les élections ont eu lieu selon les conditions de l’opposition et le Hezbollah a reconnu la défaite de celle-ci. Il existe aujourd’hui une majorité, il faut qu’elle gouverne selon le mandat qu’elle a reçu de ses électeurs. La crainte face aux armes du Hezbollah ne doit plus empêcher la majorité de gouverner, ou alors il aurait mieux valu leur remettre le pouvoir. La fermeté n’est pas incompatible avec l’esprit de détente et il faut donner à la population des garanties qu’il n’y aura pas d’accord quadripartite postélectoral aux dépens d’une partie de la population ou des principes de la révolution du Cèdre. »
« Comment peut-on ne pas apprendre du passé et réélire Nabih Berry, l’homme qui a fermé le Parlement et que vous avez critiqué pendant son mandat antérieur ? La présidence du Parlement est donnée d’office à ceux qui ont perdu les élections, alors que le gouvernement devra être négocié avec la minorité. N’avons-nous rien appris ? Vous avez accepté une loi électorale qui distribue a priori des quotas dans le Parlement et dont une des principales conséquences était d’empêcher des chiites libres d’avoir le choix de voter pour des candidats indépendants ! »
« Les documents du BIEL du 14 mars 2008 et du dernier accord du Bristol devraient servir de dénominateur commun auquel aucun signataire ne devrait déroger. Il faudra encore établir clairement les priorités et agir dès aujourd’hui. Quatre années sont vite passées et les électeurs ne vous donneront pas éternellement une deuxième chance. »
By:L’Orient-Le Jour


